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Actualité de l’œuvre de Cheikh Anta Diop face au racisme scientifique et aux défis de l’Afrique

                                                                     Aziz Salmone Fall

GRILA février 2006

 

photo anténor firmin

À la mémoire d' Anténor Firmin, avocat haïtien qui répliqua à Gobineau dans des termes que Diop parachèvera un siècle plus tard!

 

Thèmes Clés:

Dans le sillage de Diop: racisme scientifique; intelligence innée et hiérarchie raciale;QI;Eugénisme (proto-eugénisme, eugénisme moderne, post-eugénisme); génocracie et racisme du gène; origine monogénétique de l'humain et mise à jour des trouvailles du 21e; origine africaine de la civilisation, mise à jour d'Egyptologie;legs de l'Afrique, de l'histoire ancienne à l'inégale  insertion dans le système monde capitaliste; pistes panafricanistes et progressistes pour une régénération africaine...

 

Dans le cadre du mois de l'histoire des noirs 2006, cette conférence commémore le vingtième anniversaire de la mort de Cheikh Anta Diop. Elle fait ressortir l’actualité et la pertinence de son œuvre, au regard de la résurgence du racisme scientifique et d’une urgente redynamisation de l’Afrique, dans ce que je nomme la régénération africaine. Comme le disent ses disciples :

 "Son oeuvre convie l'humanité à regarder en face son véritable passé, à assumer sa mémoire, afin de rompre avec les génocides, avec le racisme, pour sortir enfin de la barbarie et entrer définitivement dans la civilisation»[1]

Je renvoie donc ceux qui veulent en savoir plus sur lui sur le numéro de Ankh qui lui est consacré ou sur le livre de Pathé Diagne qui remarquablement synthétise l’essentiel.[2]

Je souhaite attirer l’attention sur son combat en le mettant en rapport avec la fulgurante et insidieuse résurgence de l’eugénisme en Amérique du Nord et ses relents à travers le monde. Je m’excuse auprès des personnes qui reconnaîtront des passages que j’ai dû brandir, il y a trois mois lors de l’affaire Mailloux, (ce psychiatre canadien qui a clamé sur les ondes l’infériorité génétique de l’intelligence des noirs et des amérindiens). Je reprends ici, en note de recherche et revue historique de la littérature scientifique raciste, des éléments qui permettront de revenir sur l’apport de l’œuvre de Diop corroborée par des récentes trouvailles scientifiques.  

 

L’idée qu’il existe des groupes ethniquement supérieurs et plus intelligents, et la négation des apports intellectuels de peuples entiers au nom de nouvelles interprétations des percées scientifiques, semblent gangrener bien des espaces académiques et autre média. Davantage qu’au 19 ème et au 20 siècle, les dérives eugénistes seront, dans de nouvelles physionomies politically correct, individualisées  et socialement intériorisées, un des enjeux fondamentaux du siècle actuel. Le délire du pedigree humain, donc de perfectionner les uns et de détruire les autres,  reste fondamentalement la quintessence de l’eugénisme. C’est ce qu’exprimera le premier grand congrès eugéniste, sous la direction du quatrième fils de Charles Darwin, Leonard président de la société Eugéniste[3]. Il y a fort à croire que notre siècle usera ou abusera de ces méthodes de QI  quotient intellectuel eugénique,  mais aussi de la médecine prédictive et des disparités de la biologie moléculaire pour discriminer les groupes humains.

Il est donc probable que le recours au QI et autres méthodologie de différenciation iront en se sophistiquant, autant dans le domaine de l’emploi que dans tous les circuits civiques mues par cette quête inlassable d’une élite cognitive, idéalement racée. Pour l’eugénique forcené, ceux qui pourront travailler seront ceux capables de rivaliser contre la machine, car la technologie se sera passée des travailleurs laborieux, et les relèguera au chômage. Pour lui, ils n’en sortiront que s’ils réussissent exceptionnellement des tests de QI que leurs gènes ne les prédisposeraient pas de toute façon à faire! 

 

Mais disons bien cyniquement, que cet eugénisme biotechnologique est la cerise sur le sundae infect de la mondialisation néo-libérale. Entre temps, celle ci achève plus efficacement, dans la misère et la frustration et à chaque année, des millions de gens à travers le monde. Tant d’enfants, de femmes, d’hommes vulnérables meurent de la marginalisation économique, du chômage entretenu, du pillage, de  la famine à l’eau rare ou souillée, des maladies aux guerres, et de plus en plus des nombreuses catastrophes environnementales découlant de nos moyens de production et de consommation. C’est justement la conjonction entre cet ordre mondial injuste et prédateur et une science marchandisée, raciste et élitiste, qui constitue le plus grand danger pour la planète.

 

Le débat sur l’inné et l’acquis, l’intelligence et son hérédité, les différences entre les «races » et leur hiérarchies se trouvent de nouveau relancés avec de récentes percées scientifiques de la biotechnologie que nous survolerons ici. Alors que s’achève le déchiffrage du génome humain, les média, les universités et précisément les intellectuels, et le politique ont plus que jamais une responsabilité et un rôle social déterminants sur ces dimensions où le racisme latent ou explicite côtoie la légitime curiosité scientifique. 

 

 L’intelligence est davantage une résultante sociale dans son contexte historique et environnemental qu’une disposition innée. Et même si l’héritabilité d’une telle disposition intellectuelle pouvait être prouvée dans le futur, rien n’empêche que la modification du milieu ne puisse pallier aux disparités, d’autant qu’une telle disparité génétique intellectuelle entre classes sociales, voire groupes ethniques ne pourrait être qu’infinitésimale à l’échelle de l’humanité.

 

Avec des mesures sociales politiques économiques et psycho-culturelles résolues, entreprises pour surmonter les écueils que les adultes dressent pour leur connaissance,  nous donnerons à nos enfants les chances d’épanouissement de leurs potentialités, au lieu de paralyser ces dernières avec nos errements stériles.

 

Le racisme s’édifie par l’éducation et l’irrationnel, en cultivant la peur et le rejet de l’autre. La lutte contre le racisme aussi s’articule sur l’éducation et l’affect xénophile, encore faudrait- il que les structures politiques et de communications le favorisent.  Entendre des scientifiques clamer l’existence de races et les classifier de façon hiérarchique ne datent pas d’aujourd’hui, comme nous le verrons. Même dans leur tour d’ivoire, les scientifiques sont le reflet de leur société. De plus en plus marginalisées par l’avancée scientifique, les rebuffades et autres démonstrations de forces des eugénistes ne sont pas des épiphénomènes. Ils sont, entre autres, l’expression de mouvements politiquement organisés qui les financent. Cela va paradoxalement de la promotion de mouvements créationnistes, à l’intelligent design[4], aux mouvements véhiculant de virulentes thèses racistes. 

Ce type de provocation a toujours plus d’effet dans les cycles de modernité où les modèles s’épuisent ou se cherchent, comme c’est le cas à la faveur de la mondialisation. Cette dernière a du mal à cerner l’intelligibilité du lien civique et social autant transnational que local. Ce type de provocation amène alors des déchirures douloureuses, mais parfois aussi des catharsis salutaires, lorsqu’il advient dans une phase de crise. 

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"Possibilité et limites du génie génétique".Fondation GenSuisse

 

A l’instar de la crise de civilisation et de l’individu, typiques du règne de l’individualisme propre au mode de production capitaliste. Des savants qui déchiffrent le génome humain ont pu arracher, pour l’instant, le génome, patrimoine de l’humanité, à la rapacité des multinationales. Mais elles n’ont cependant pas dit leur dernier mot. Ce mode en est aux dernières étapes de la marchandisation du vivant, ce qui touche donc au plus haut point l’enjeu du post-eugénisme. Ce mode de production capitaliste, dans sa phase actuelle, alterne autant le progrès et le confort pour une portion significative- mais toujours très minoritaire de l’humanité- alors que la rareté, la souffrance et la frustration sont le lot d’une trop grande multitude.

 

L’Afrique, dans ces six dernières siècles, n’a que trop connu les affres de tels phénomènes. Elle garde paradoxalement, autant sur la terre mère que dans ces diaspora, une paradoxale force de caractère, malgré les vicissitudes de la vie. Son endurance aux épreuves et calamités, comme l’esclavage, la colonisation et l’impérialisme, dans des proportions qu’aucun groupe humain n’a pourtant enduré, est une véritable énigme. Le secret, son vitalisme. Il reste toujours un sourire et une joie de vivre, le sens du commensal de la solidarité, même derrière le plus douloureux des rictus ou des drames.

 

Galerie de masques africains kwele achat vente art africain premier primitif afrique noire

 

 

L’angoisse du lendemain ne l’a pas complètement envahi peut être, et l’optimisme existentiel est encore horizontalement enraciné dans nos sociétés et cultures, tel que l’avait bien cerné Cheikh Anta Diop.

 Ce n’est pas de l’insouciance ou un manque de rationalité. C’est une force dynamique, se transmettant par la culture.  C’est dans ses cosmogonies, ses cultures qu’elle puise cette force, mais aussi dans l’expérience d’avoir été le berceau de l’humanité et la mère des civilisations. C’est donc animé de cette vitalité africaine que je m’adresse à vous, en intercédant au nom de tous les sans voix qui ont été meurtris récemment et qui le seront encore par la peste raciste.

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Dans mon exposé, vous tolérerez des incursions multidisciplinaires dans le sillage de Diop pour traiter de son actualité face au racisme scientifique. Je ne ferais d’ailleurs qu’en survoler de grands pans en suggérant de revenir d’abord sur les sources et l’évolution de l’eugénisme. Je parlerai de cette génétique de l’intelligence et des pseudo sciences qui y sont reliés, mais aussi de la science véritable qui ouvre à l’humanité de nouvelles pistes de connaissances, hélas aussi malléables pour des forces bienveillantes que malveillantes.

Au regard de telle situations, et du racisme rampant ou explicite,  s’impose une mise à jour sur l’odyssée de la race humaine et de quelques legs des peuples noirs à l’humanité.  Faisons le donc, non pas par social narcissisme, ni d’ailleurs en n’exhibant que les hauts faits. C’est en rendant d’abord hommage à la multitude des gens communs qui, davantage que tous les autres souffrent du racisme, que je veux m’attarder sur quelques réécritures de l’histoire. Ceci afin d’armer scientifiquement et politiquement les uns, de faire réviser les autres avec des instruments qui, s’ils ne sont pas brandis et utilisés, individuellement  et collectivement, s’étioleront dans cette ère de désarroi,  d’apathie et de perte de sens.

C’est pourquoi, l’enjeu de savoir si les disparités entre QI sont d’ordre génétiques ou de l’ordre du milieu me semble secondaire par rapport à l’essentiel. L’essentiel c’est le rapport de force politique qui au niveau socio-économique organise inégalitairement la division internationale du travail et les moyens de production, et la division entre cols blancs et cols bleus (white collar job et blue collar job), comme on dit ici. Un rapport qui ne peut être changé que par une rupture plus égalitaire et révolutionnaire. Une rupture déterminée à structurer équitablement l’ordre social, quelque soit les différences génétiques présumées. Cette rupture est au coeur du décryptage de la nature de notre système monde et de la régénération panafricaniste à mener pour sortir l'Afrique de sa condition.

 

 

 

 

 

 
 
 
 
I Racismes, entre science et pseudo-science

 

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La loi semble bien lacunaire pour contrer les tendances et les dérives du racisme scientifique.

 

 Il est important de connaître les fondements structurels du racisme scientifique pour mieux le combattre.

 

 Par commodité, on distinguera à travers l’œuvre de précurseurs, ses formes précoces, l’eugénisme (galtonien et moderne) et le post-eugénisme qui caractérise notre ère.

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-Le proto-eugénisme

 

Il est probablement propre à plusieurs civilisations antiques, l’idée mythique de parfaire l’humain et de sélectionner uniquement le meilleur, d’avoir les enfants les plus beaux et les plus intelligents et d’être convaincu de la certitude que c’est possible, comme l’atteste l’élevage des animaux racés. Mais, c’est dans la Grèce antique que ce fut le plus explicite. François-Xavier Ajavon, qui a construit le premier site pré galtonien sur le Web  montre dans une remarquable ouvrage, comment sous l’impulsion de Platon, fut  consacrée Callipolis, cité politique idéale.

 

«L’homme, né de la divinité, atteint un niveau de perfection supérieur ; et cela dans le sens où sa reproduction ne s’est pas effectuée selon le hasard ou le destin, mais selon une justice rationnelle. Dans sa législation eugénique, Platon ne tendra pas à un autre but» [5] 

 

Pour la République, est proposé de trier et de marier «eugéniquement» les procréateurs des générations à venir. Elles pourront enfin s’épanouir dans ce lieu du savoir, où le travail était de toute façon considéré vulgaire, et du ressort des esclaves.

Aristote, soutenait que les esclaves n’avaient pas d’âme, ni de libre arbitre en n’étant que l’instrument et le prolongement de la volonté de leurs maîtres. Que l’homme (à l’exclusion des femmes) était un «animal politique» dont l’essence l’autorise à la participation au politique. Il considérait d’une part, que c’est le mâle qui engendre l’être alors que la femelle  n’est que porteuse, et surtout d’autre part, que les descendants d’élite ont toutes chance de continuer à l’être, car «noblesse est excellente souche». Il ignorait ainsi Hippocrate, qui presque un siècle avant lui, considérait pourtant dans son ouvrage Le livre de la géniture de l’homme, que l’homme comme la femme secrètent une semence qui émane surtout du cerveau et qui se mélangent, afin que l’influence d’esprits chauds et froids donnent la chair.

 

 En dehors de la Grèce, à travers le monde, les modèles politiques, antiques et médiévaux axés sur la classe sociale et sur les caste, ont toujours su exceller à privilégier une certaine endogamie afin de préserver leur lignée.

«Même au temps de l'extension de l'esclavage antique, nous trouvons des ressemblance plus ou moins grandes dans l'organisation et la situation des diverses économies esclavagistes et des États esclavagistes de l'antiquité, mais non une communauté de vie économique».[6]

En Chine, il ne semble pas que les dynasties royales chinoises des Hia et des Chang, ou Yin, du XXIIè au XIè siècle av. J.C. St aient connu l’esclavage. Ce n’est qu’au 3ème siècle après J.C que les empereurs autorisèrent les familles pauvres à vendre leurs enfants aux gens plus nantis,  pour des corvées domestiques. Acheté au plus jeune âge , l’enfant devenait esclave domestique à vie dans la cellule familiale[7]. Au 9è siècle après J.C, Wang Mang tenta en vain d’abolir l’esclavage. Peut être le caractère prématuré et la rapide maturité du féodalisme chinois dispensèrent cette civilisation de la pratique esclavagiste à grande échelle.

 Au Japon, ou les pratiques reproduisaient les modèles chinois, il fallut attendre le 18è siècle, pour voir l’abolition. Elle fut d’ailleurs sans effet durant la période quasi féodale de l’empire.[8]

En Inde, malgré les enseignements de Krishna- « Ne soyez pas les destructeurs de vous-même. Élevez-vous à votre véritable Etre, et alors vous n'aurez plus peur de rien. »-  les Hindous, ne pouvant contester leur prédéterminée condition ici bas, font des castes et de  la coercition les fondements de leur ordre social.

En Amérique, certains indiens des côtes nord ouest des Amériques disposent d’esclaves que le maître entraîne avec lui dans la mort, quand il succombe.

Ailleurs, dans les sociétés islamiques, se fondant peut être sur un passage du coran où le musulman peut disposer « d’esclaves , hommes et femmes» (sourate 4; 24-25),  la tolérance de la captivité et de l’esclavage permet de perpétuer le phénomène esclavagiste sur toute la façade orientale du continent africain et dans le golfe arabe. Les Arabes y distinguent leurs esclaves noirs ou abd (mis en servitude dans des labeurs astreignants des mines et des champs ) de leur esclaves blancs (mamelouk, corvéables au foyer). Pourtant, témoins de la magnificence de Ghana et de son peuple,  que les Almoravides mirent un siècle à envier et à conquérir finalement en 1076, ils changent d’avis en Afrique de l’ouest, une fois l’espace conquis ou coopté. En effet, c’est dans la longue occupation Almoravide de la péninsule ibérique, où régnait une grande tolérance entre les trois croyances monothéistes, que les exégètes musulmans contribuèrent à construire le mythe du noir, sauvage faible d’esprit et sans civilisation. Un préjugé qui persista après leur défaite en Europe.

Les Africains quant à eux, qui historiquement ont eu des sociétés pratiquant l’esclavage ou la captivité de guerre, disposaient –par contre de moyens sociaux inclusifs pour les associer à la vie politique ou sociale. L’esclave demeurait toujours cependant soumis, quelque soit le caractère d’inclusion, à la parenté que ce soit par l’adoption, la cooptation ou le mariage.

 

Le glissement, à l’effet de savoir si une élite est plus évoluée, racée, intelligente, varie donc considérablement selon les cultures du monde. Mais on ne note pas de systématisation du phénomène de la supériorité raciale en dehors du mythe.  

En Europe Augustin de Hippo (354-430) était persuadé que l’esclavage était une variante des punitions des péchés de l’homme au paradis. St Thomas d’Aquin dans son ouvrage  De regimine principium arguait que certains naissaient naturellement esclaves et dépendaient du maître pour leur libre arbitre. Tacite dans Germanie, rédigé autour de 98 après J.C, prétend que les Germains sont des indigènes et qu’ils constituent une race pure, inaugurant un mythe aryen qui aura la vie longue.  La pratique de la conquête génocidaire des non-blancs et principalement de  l’Afrique, de l’Amérique latine durant 3 siècles et demi, suffira à conforter les futurs développements théoriques de l’eugénisme. Après tout n’avait-on pas asservi les Amérindiens et les Africains à un point tel, qu’on pouvait désormais douter de leur intelligence et être rassuré de l’intelligence supérieure du conquérant. Ni le siècle des lumières, ni le positivisme scientifique du 19 è siècle n’y changeront grand-chose.

Rosa Amelia Plumelle-Uribe montre, dans son ouvrage, combien ce long épisode a

 «profondément modifié les rapports des européens aux autres. Le pas entre différence et supériorité a vite été franchi. La hiérarchisation raciale illustre la débâcle morale de l’Europe»[9] 

 

A l’exception des Éthiopiens, chrétiens et alliés dans la foi déjà accueillis au Portugal à Venise et Rome, le reste des noirs sont désormais des sous-hommes. En 1402, Jean Duguesclin de Béthencourt capture vend et déporte des Guanches, peuplade Amazigh qui n’existe plus aujourd’hui.

« il semblerait que le premier acte négrier fut posé par le rapt de dix Africains, perpétré par une expédition militaire portugaise menée par Nuno Tristan et Antam Gonsalves, les «meilleurs esclaves» furent offerts à Gabriel Condulmer dit Eugène IV, 205ème Pape de l’église catholique, apostolique et romaine».[10]

En 1442, les portugais bâtissent un fort sur l’île d’Arguin entre le Sénégal et la Mauritanie d’où ils évacuent, grâce à des maures,  des esclaves vers leurs plantations de sucre aux îles Canaries et à Madère. Quand en 1445, Joan Fernandez ramène 9 jeunes noirs achetés à des maures, des nobles portugais se moquèrent de lui, car cela faisait déjà un moment qu’ils en chassaient comme distraction.

 

 

Davantage que le texte biblique, ce seront les exégèses de cette période qui  sauront transformer la malédiction des descendants des fils de Cham en octroyant une version rationnelle et religieuse à l’inégalité raciale, et en datant à ce moment, l’avènement des noirs à jamais damnés. [11]  Après que Sem eut l’Asie, Japhet l’Europe et Cham l’Afrique,  la bulle Inter Cetera du Pape Alexandre VI, amenda encore la géographie humaine biblique et divisa en 1493, l’espace païen en deux : l’Ouest aux espagnols et l’Est aux portugais.  L’année suivante, le traité de Tordesillas y ajoute le Brésil pour les portugais. C’était dans le monde entier, la fin d’une période où, pendant plus de quatre millénaires, une conception non exclusivement raciale de l’esclavage s’estompait.

Dans ce climat de décadence, la hiérarchisation sociale lentement mais sûrement se défaisait du mythe. En Europe, les différences entre races et entre sexes intriguent les chercheurs. L’enjeu de la procréation surtout habite les esprits des chercheurs et des religieux. En 1677,  le docteur de Graaf cerne le rôle des ovaires, et cinq ans plus tard, Louis de Ham découvre avec un microscope rudimentaire, «l’animalcule» qu’on n’appellera que plus tard spermatozoïde.  Mais ces percées sur le mécanisme de la procréation et de l’hérédité ne connaîtront de développements que plus tard, presque au XIX. Il est en tous cas paradoxal de constater que c’est le siècle dit des lumières et tous ses acquis, qui jusqu’à présent constitue nos horizons d’idéaux, qui fut aussi celui où la science de la race et l’idéologie de préjugés se sont constituées.

 

«Avant le XVIII nous avions des racismes formulés dans le langage du mythe, à partir du XVIII è siècle nous avons un racisme qui prétend parler celui de la science».[12]

 

François Bernier (1625-1688), physicien, explorateur et disciple de Pierre Gassendi, ramène de ses pérégrinations une classification hiérarchique des races. Elle aura d’autant d’influence qu’elle est dite fondée sur ses expériences de visu[13].

Carl Von Linné, et son  Systema Naturae  inventera la taxinomie, classifiant les espèces vivantes, dont l’homme qu’il scinde en 6 races, par ordre d’importance intellectuelle : européens, américains, asiatiques , africains, sauvages, et dégénérés.

Johann F. Blumenbach réinterprétera cette classification, en montrant que la race blanche est originelle, et il forgera d’ailleurs le terme de caucasien, arguant que toutes les autres en sont issues mais n’en sont que des dégénérescences.[14]Magnanime, il était cependant persuadé que même les noirs pouvaient comporter des exceptions et brandissait quelques livres écrits par eux, prouvant que quelques uns pouvaient être égaux aux caucasiens.

Le comte de Buffon (1707-1788), détracteur de Linné, pour qui le «nègre est à l’homme ce que l’âne est au cheval » fut lui un prolifique encyclopédiste ( Histoire naturelle en 36 volumes), dont l’intuition, sur les caractères anatomiques, demeurait en avance sur son temps. Convaincu des modifications qu’entraînent l’adaptation, il projetait  d’interchanger un groupe de danois et de sénégalais dans leur milieu d’origine et de les cloîtrer pour observer leur métamorphose. [15]

C’est dans l’univers de la médecine que les problèmes de débilités, de tares, de l’épilepsie,  et autres anomalies suscitèrent l’intérêt des médecins.  Le médecin, impuissant devant la mortalité, la morbidité ou la répétition de naissances d’enfants affligés du même mal, se préoccupe désormais de les prévenir. Pour Catherine  Bachelard-Jobard, c’est dans ce corps professionnel qu’il faut rechercher les premières traces de systématisation eugénique:

 

"La systématisation de l'idée eugénique est l'œuvre des médecins. Leurs écrits, traitant de l'art de perfectionner l'espèce humaine par des mariages judicieux, se multiplient. Cette littérature médicale a été étudiée par Anne Carol ["Histoire de l'eugénisme en France, les médecins et la procréations, XIX-XX ème siècle"] qui démontre l'existence, en France, d'un eugénisme médical spécifique prégaltonien. D'une manière générale, les médecins, pour justifier la nécessité de mesures que l'on peut qualifier d'eugéniques ( mais le mot n'existe encore pas ), fondent leurs théories sur la dégénérescence de l'espèce humaine qu'ils constatent autour d'eux»[16]

 

David Hume (1711-1776), économiste réputé, abonda dans le sens de ces prétentions pré-galtoniennes:

«Je suspecte les Nègres et en général les autres espèces humaines d’être naturellement inférieurs à la race blanche. Il n’y a jamais eu de nation civilisée d’une autre couleur que la couleur blanche, ni d’individu illustre par ses actions ou par sa capacité de réflexion».

Voltaire (1694-1778) lui soutenait qu’il fallait juste s’assurer de la mesure du  cerveau humain pour constater que les Nègres d’Afrique sont inférieurs en intelligence aux Blancs d’Europe. Alors que Bernardin de St-Pierre[17] s’insurgeait contre le traitement fait aux  noirs, Montesquieu (1669-1776) clamait mordicus que, puisqu’il n’avaient ni âme ni raison, les noirs étaient naturellement destinés à l’esclavage.  Thomas Robert Malthus  dans Un Essai sur le Principe de Population (1798) était si obsédé par les risques de surpopulation des ouvriers,  qu’il suggère pour eux  « l’abstinence sexuelle » puisque ces classes « inférieures et pauvres seraient  responsables » de leur condition. Le contrôle des naissances  pour freiner la propagation démographique était envisagé et existe encore.  Dans la même année, Kant produit  Anthropologie, essai misogyne, moins connu que ses œuvres phares, où il traite les juifs d’escrocs et confine les noirs au raz des hiérarchies pseudo-biologiques.

Il a fallu attendre l’approche du 19 è siècle pour voir esquisser les premières théories sophistiquées de la supériorité ou l’infériorité intellectuelle. Elles vont gagner une redoutable efficace, en enseignant une hiérarchie des races dans les écoles et même les universités, mais aussi en traversant l’africanisme eurocentrique jusqu’au vingtième siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Francis Galton (1822-1911)

 

 

 

-L’eugénisme galtonien

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En étudiant principalement le monde animal Charles Darwin publia en 1859 Les Origines des Espèces par la Sélection Naturelle ou la Préservation des Races Favorites dans la Lutte pour la Vie. Dans le contexte de  la Grande Bretagne conquérante, et du capitalisme sauvage, ce livre aura des incidences socio-politiques majeures. Il construit l’idée que seuls les meilleurs survivent et détaille les processus de modification et de différenciation.

 

Darwin, en lisant Malthus, greffa ses propres vues dans un autre ouvrage phare, l’origine de l’Homme. Ces éléments seront les briques essentielles d’un nouvel évolutionnisme. Mais Darwin ne dispose pas des derniers éléments des trouvailles de Mendel pour expliciter tout le mécanisme de l’hérédité. Autant il permettait une révolution, défaisant irréversiblement les croyances créationnistes, autant ce potentiel porteur allait être détourné vers d’autres préoccupations plus racistes.

 

Darwin était d’ailleurs très réservé sur les développements que faisaient les futurs eugénistes de ces théories. Il semblait considérer utopique leur projet plaidant plutôt pour l’éducation que la coercition[18]. Il était toutefois probablement raciste, ou du moins colportait les idées de son temps[19], en prônant l’éradication de «toutes les lois et toutes les coutumes qui empêchent les plus capables de réussir» et méprisait les canadiens français comme le rappelle Des Rosiers.[20]

 

 C’est en scrutant les prisonniers, que Francis Galton (1822-1911), un cousin germain de Darwin[21], va perfectionner les recherches sur la dégénérescence et systématiser l’eugénisme. En se préoccupant de l’hygiène du corps social, il s’agit de promouvoir le patrimoine génétique sain, en privilégiant un interventionnisme étatique en la matière. Au départ, sa philosophie se nomme viriculture, mais très vite il forge du grec eu et gennân- bien engendrer ou bien naître-, la première idéologie de la science; l’eugénisme.

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L’eugénisme vise à sélectionner l’excellence humaine et à se débarrasser de tout ce qui pourrait lui nuire ou la flétrir. Son ouvrage Hereditary Genius est un plaidoyer pour l’intelligence héréditaire. Convaincu que les génies naissent eux-mêmes de grands hommes, il tente de le démontrer, en recensant 48 éminents fils de 100 éminents personnages, sans même se questionner sur l’influence de leur classe sociale d’où ils proviennent tous. Galton était convaincu que les noirs étaient de deux degrés moins intelligents que les anglo-saxons (qu’il qualifie de «the half-witted nature of the race). Il cherche cependant à relever le mental et la stamina des britanniques, afin de leur faire éviter la situation qu’il dit avoir constaté durant son voyage en Amérique où la population américaine est fragilisée au contact des noirs. Le rôle de la science est  donc d’améliorer la race douée et de décourager la propagation des êtres inférieurs. Dans son ouvrage utopique I can’t say where I il idéalise la société qu’il appelle de ses vœux et se préoccupe du bonheur collectif plutôt que le bien être individuel. L’eugénisme devint donc un préjugé racial déguisé en science appliquée de l’hérédité, dans l’intérêt de la race blanche.

 

 

Gregor Mendel, dès1865, en étudiant les végétaux et particulièrement les pois, calcule un ratio constant de 3 :1 entre des plants de grandes et de petites tailles et découvre que l’hérédité procède de facteurs existant en pairs dans les plantes. Il fonde ainsi les connaissances sur la transmission héréditaire. Trop avant-gardistes, ce n’est que plus tard que ces travaux seront reconnus. Par contre, parce que probablement encore enracinés dans le mythe, c’est dans la même période, que les retentissants travaux du Comte de Gobineau (1816-1882) tracent les bases théoriques les plus fondamentales du racisme scientifique.  Essai sur l’Inégalité des Races Humaines permet d’affirmer la supériorité et la suprématie des aryens. Cette noblesse raciale serait mise en danger par les risques inhérents à la prolifération des races inférieures. En Allemagne, où ses thèses trouvent vite écho, parut un an après sa disparition, son ouvrage Enquêtes sur les Facultés Humaines. C’est la première pierre angulaire des croyances en l’hérédité des dispositions mentales. Le Grand Dictionnaire universel du XIX è siècle de Larousse, lancé dès1866, qualifiant de philanthrope les prétentions d’égalité entre humain nie les facultés intellectuelles du nègre et avec assurance proclame « Un fait incontestable, et qui domine tous les autres, c’est qu’ils ont le cerveau plus rétréci, plus léger et moins volumineux que l’espèce blanche..» En 1882 aussi  Francisque Sarcey commente froidement l’ouvrage de A. Bertillon, Les Races sauvages et déclare :

« Ces affreux bipèdes, à face simiesque, gambadant et voraces, gloussant de cris inarticulés, sont nos frères, … ou les frères de ceux qui furent nos ancêtres préhistoriques !… Quelques races mieux douées se dégagèrent de cette animalité barbare, se cultivèrent , s’affinèrent, formèrent l’homme civilisé, plus éloigné d’un pauvre australien que cet australien n’est éloigné d’un gorille. D’autres ne se sont pas développés, toujours aussi dénués de sens moral et de raison…Toutes ces tribus sauvages vont disparaître, exterminées par des peuples supérieurs ou s’éteignant d’elles-mêmes…Ce ne sera pas dommage»[22]

 

 Karl Pearson, disciple de Galton, dans son livre  The Grammar of Science soutient en 1882 qu’il est vain de tenter de connaître l’essence des choses en science et qu’il vaut mieux se contenter d’appliquer les mathématiques et la statistique pour parvenir au même résultat. Il lance en 1901 un journal, Biometrika, qui appliquera à la lettre ses principes statistiques bio métriques et rejettera trente ans durant les articles relevant de la génétique   Les recherche sur les cellules, le noyau et la cytologie apportent un cortège de savants comme Weismann, Nussbaum, Kölliker dont les vues confortent les perspectives d’hérédité. Le chrirugien Paul Broca (1824-1880) spécialiste de l’encéphale, où il avait repéré le seuil de l’aphasie, considérait que le cerveau avait une masse plus importante chez les grands personnages que les gens simples. Il soutenait «que jamais un peuple à la peau noire, aux cheveux laineux et au visage prognathe n’a pu s’élever spontanément jusqu’à la civilisation»[23]. Le cocktail de ces œuvres produisit en grande partie le darwinisme social d’où s’épanouira l’eugénisme. En réplique à Gobineau, un avocat haïtien Anténor Firmin publie en 1885, tragique année du congrès de Berlin,  L’égalité des races humaines : essai d’anthropologie positive[24] . On peut dire que Diop est une sorte de réincarnation scientifique de Firmin qui a plaidé, avec verve et les moyens de son temps, l’égalité des humains et le caractère négroïde des égyptiens antiques. Hélas sa voix ne fut guère entendue, et cet homme qui mérite des statues dans tous les pays d’Afrique est encore aujourd’hui injustement méconnu. Les pangermanistes un groupe suprémaciste et l’association Gobineau, lancée deux ans après la mort de ce dernier, firent de l’activisme avec les thèses du savant raciste. Steward Houston Chamberlain un anglais naturalisé allemand proclama en 1899 dans La Fondation du Dix-Neuvième siècle en Allemagne que les allemands étaient les plus purs des aryens et qu’ils étaient au dessus de la pyramide, au bas de laquelle sont les races inférieures et dégénérées, juives, noires etc..

 

«L’Eugénisme, le Darwinisme Social et l’Hygiène Raciale se tinrent alors par la main. Seul l’Eugénisme entreprit de se désigner lui-même comme une « science » et .. fusionnèrent si fortement qu’il serait vain d’essayer de les différentier».[25]

 

August Weismann, un des cytologiste nommé plus haut, s’acharnera à couper les queues de souris et constater que leurs descendants naissaient néanmoins avec des queues. Au lieu de conclure à l’évidence, il conclut que l’environnement n’influençait pas les cellules et que les caractères acquis ne pouvaient être héréditaires. Une  classification en vogue se fit en Allemagne avec Ernst H. Haeckel qui publia, en 1868, une hiérarchie de 36 races  humaines  comptant 12 espèces ayant au sommet, les anglo-saxons, les hauts allemands, suivis ensuite des aryens, indiens, grecs et…albanais.

Le mouvement eugénique se répandit dans le monde occidental, comme le démontre la thèse de Hardwick.

 

"Eugenics movements developed early this century in more than 20 countries, including Australia. However, for many years the vast literature on eugenics focused almost exclusively on the history of eugenics in Britain and America. While some aspects of eugenics in Australia are now being documented, the history of this movement largely remained to be written. Australians experienced both fears and hopes at the time of Federation in 1901. Some feared that the white population was declining and degenerating but they also hoped to create a new utopian society which would outstrip the achievements, and avoid the poverty and industrial unrest, of Britain and America»[26]

 

Au Canada, le phénomène a tout aussi bien pris racine. Les préjugés et exactions contre les indiens, le système de féodalité et la consanguinité y ont donné un terreau fertile. Mc Laren illustre dans son étude que l’eugénisme était très répandu avec une peur des  dégénérés[27]. L’auteur montre combien le racisme est latent dans les milieux intellectuels les plus divers, et pourtant progressistes, comme les féministes. L’Alberta constitue à elle seule un cas préoccupant, où la mise en pratique des principes eugéniques a laissé de graves séquelles.[28]Si dans l’espace francophone, l’eugénisme aussi existait, le catholicisme a constitué un antidote à la diffusion de l’hygiène raciale. Les britanniques inspirés par leur résolution du problème amérindien imposent en Afrique australe le modèle de réserve en 1894 (Glen Grey Act impôt obligeant tout noir habitant à travailler 3 mois pour un blanc) e,t en collaboration avec les Boers, introduirent en 1911 la colour bar, freinant à jamais les chances sociales et professionnelles des non-blancs et particulièrement des noirs, ainsi que l’immorality Act de 1927 qui criminalise les relations sexuelles et mariages entre blancs et noirs.

 

 

 

 

 

 

L’eugénisme moderne

 

 

 

 

Le socle de l’eugénisme moderne était désormais solide pour l’envolée de l’idéologie scientifique pendant au moins cinquante ans. Elle va s’évertuer, en articulant des préjugés, des postulats indémontrables et des jugements de valeurs, à solliciter tout l’arsenal scientifique de l’époque pour hiérarchiser les humains.

 

 Lorsque le ministère de l’instruction publique confie à Binet la mission d’évaluer le niveau mental des écoliers, pour déterminer leur chance de succès scolaire, il forge un instrument de mesure pour lequel, en 1906, il met en garde sur le fait que ce n’est pas un instrument de mesure de l’intelligence;

 

« l’outil que je viens de développer n’est pas une mesure de l’intelligence.»

 

 

Mesure de l’indice nasal aryen (Hulton Deutsch Coll.)

 

 

Mais la réputation de Binet, comme premier concepteur du test d’intelligence, l’emporte.  Un test repose sur la description du résultat d’une mise en situation où un individu, mis dans des conditions prédéfinies en référence à un groupe type qui connaît les mêmes, doit répondre à des questions. Les variables psychologiques ou culturelles du sujet ne peuvent pas être toutes répertoriées, ce qui rend au fond assez aléatoires les conclusions. Mais on ne s’en préoccupe pas beaucoup, d’autant que la  redécouverte du travail de Mendel change les perspectives. Simon et Binet élaborent un système mesurant l’intelligence. On sait probablement déjà, qu’on ne mesurera qu’une fraction de l’intelligence. Néanmoins on commence en fait à s’éloigner des préoccupations de la dégénérescence physique et mentale, pour tenter de décrire des traits sensés concourir aux processus intellectuels. Le tout est enrobé d’idéologie et rhétorique pointues. Alors qu’on inaugure en grande pompe, en 1904, la chaire d’eugénisme à l’University College de Londres, on cherche frénétiquement la mesure de la disposition mentale qui confère l’aptitude, le caractère de cet intelligence. En France, Georges Vacher de la Pouge (1854-1936) déterre les boîtes crâniennes des cimetières et mesure les têtes des passants, pour déterminer l’indice céphalique prouvant que les blonds dolicéphales sont au sommet de la race humaine.

 

Wilhem Johannsen un botaniste danois, qui n’était pas eugéniste, à qui l’on doit d’ailleurs le terme gène, distingue en 1909 le génotype, soit le stock génétique du phénotype l’ensemble des caractères. Mais comme il n’existait  pas de moyens de percer le secret de ces gènes, la préoccupation scientifique, en dehors de moyens génétiques, ne pouvait s’articuler que sur la formalisation statistique et sur le mythe racial. C’est ce qui déboucha sur une pseudo science, comme l’atteste ce passage de Christophe Jensen :

           

« En 1900 le fondateur de « l’hygiène raciale » en Allemagne, Dr. Alfred Ploetz participa a un concours d’essais parrainé par l’industriel Alfred Krupp. Il attribuerait un prix au meilleur essai sur le sujet : Que pouvons-nous apprendre des Principes du Darwinisme dans leurs Applications au Développement Politique Intérieur et aux Lois de l’Etat ? Wilhem Schallmeyer, qui gagna le premier prix, interpréta la culture, la société, la moralité, même « bonne » ou « mauvaise », en termes de lutte pour la survie. … le Dr Alexander Ploetz, approuva la totalité de l’essai et soutint la supériorité de la race Caucasienne de laquelle, bien sûr, il excluait les Juifs. Il suggéra par exemple qu’en temps de guerre seules les personnes racialement inférieures soient envoyées sur le front pour épargner le « meilleur » segment de la population. Comme les soldats du front sont ceux qui sont tués en premier, cela empêcherait la part la plus pure de la race de s’affaiblir inutilement. Il suggéra aussi qu’un panel de médecins soit présent à la naissance de chaque enfant afin de juger si celui-ci est suffisamment fort et digne de vivre, sinon, de le tuer »[29]

 

affiche raciste contre un soldat noir de la première guerre mondiale

 

Le prix Nobel 1913, Charles Richet publie La sélection humaine, et abonde dans ce sens. Il prévient des risques encourus par l’aristocratie que représente les blancs exposés aux «détestables éléments ethniques» asiatiques et  africains.

 

Pourtant, ce sont là les mêmes «détestables» qui viendront se battre pour l’Europe, au nom de la liberté et l’égalité durant la première guerre mondiale. Autant furent reconnaissants maints européens libérés, autant les racistes furent outrés de les voir se lier d’amitiés avec des blancs et des blanches. Ils les calomnièrent oubliant que ce sont eux qui furent les premiers sur la ligne de front, ou oubliés dans les tranchés de la«drôle de guerre» d’où on les déguerpira à coup de gaz pour lesquels les masques disponibles, le plus fréquemment, n’étaient que pour les soldats blancs.

 

Si ces extrémismes se vérifieront dans la vie pratique des années qui suivent, des développements plus subtils existent aussi. Il est d’ailleurs faux de croire que la séduction des eugénistes ne se fit qu’à la droite du spectre politique. Il y eut bien des gens et des institutions de gauche partisans de ces thèses, comme le socialiste Ploetz -l’auteur de la précédente citation- qui créa une organisation secrète pour appliquer son motto Rassenhygiene- hygiène raciale- pour la sauvegarde des aryens, où il incluait cependant curieusement les juifs déjà métissés.  Il y avait aussi une portion de la gauche britannique, à l’instar de Carlos Blacker secrétaire général de la société eugénique.

Outre Atlantique, en Amérique, la mise en pratique de l’hygiène social et de l’eugénisme est des plus drastiques. De nombreux psychologues américains cautionnent l’entreprise. Allan Chase dans The Legacy of Malthus illustre comment 63 678 personnes furent stérilisées manu militari entre 1907 et 1964 dans une trentaine d’Etats, et un nombre similaire d’Etats légiférèrent contre les mariages mixtes. Ceci exclut des centaines de milliers de stérilisations dites volontaires, mais médicalement conseillées- sous la coercition de perte d’avantages sociaux-, à un taux entre 100 000 et 150 000 stérilisés par an, selon le Juge Gerhard Gesell, qui statuait sur un recours collectif de victimes. Un taux qui n’a rien à envier à l’Allemagne Nazi.

 

 

Hans F. Günther publie en 1922 un best seller Rassenkunde des deutschen Volkes ( Études raciales du peuple allemand) dans la lignée des eugénistes, avec une emphase particulière sur la nordicité des européens à préserver. Il adhère au parti nazi. L’idéologie Deutsche Physik peut s’épancher dans toute l’Allemagne révélant combien la science aussi est capable de jouer une partition macabre. On commença à expurger l’Allemagne de ses tarés, malades mentaux, et autres grands malades. Mais, si on suivait les lois de Mendel, il ne suffisait pas seulement de freiner la procréation des tarés, mais aussi leur parenté. Mais comment les repérer. Pourtant Morgan et Muller, appliquant à l’homme les expériences de Mendel, sont convaincus qu’il est pour l’instant impossible de génétiquement repérer les retardés mentaux. Peu importe, on dresse des listes de maladies obligeant la stérilisation de leur porteur en Allemagne, sous le label de l’hygiène sociale. En Angleterre, la société eugénique hérite une fortune d’un certain éleveur australien du nom de Twitchin et décuple ses moyens d’action. Elle s’acharne désormais à vouloir enchâsser dans les lois la stérilisation des déficients mentaux. En 1907 dans l'Iowa, en Amérique, un projet de loi d'euthanasie pour les enfants difformes ou retardés est présenté au Congrès, mais il est renversé. L’Amérique comptait bien des apologistes des eugénistes comme Madison Grant qui édita The passing of the Great Race en 1916, que cite à témoin Hitler dans son Mein Kampf. Il sera un des maître d’œuvres du Immigration Restriction Act de 1924 aux Etats-Unis sensé freiner la route aux races inférieures.[30] Le manifeste des généticiens d’Edimbourg avertit des dérapages des nazis, tout en maintenant le cap de la préservation raciale et de la promotion des doués. Dans Le meilleur des mondes (1932), Julian  Huxley sonne l’alarme et  se distance des nazis qui vont trop loin. Soudaine lucidité de cet eugéniste, convaincu de l’hérédité de l’infériorité de l’intelligence des nègres, et qui à la fin du second conflit mondial sera récompensé comme…Directeur général de l’UNESCO.

http://www.sickvids.150m.com/

Adolph Hitler

 Dans We Europeans : a Survey of «Racial» Problems, Huxley  récidive, défait le mythe de la supériorité aryenne et le mensonge d’une race pure. Mais les idées de K.K Günther théorisant la race trouvent leur consécration avec Hitler qui accéda au pouvoir en 1933 et tenait à concrétiser son Mein kampf, par une gestion autoritaire du social. Six ans plus tard, il signait un décret pour achever les malades incurables et soulager l’Etat de leur charge[31].  En l’espace de deux ans, on en avait euthanasié 70 000. Ils furent les terrains d’expérimentations des camps de concentration et des génocides contre les opposants, les gitans, les socialistes et surtout de la Shoah. Envieux des allemands, Dr René Martial écrit lui, en 1934, La race française où il hiérarchise bio chimiquement le sang des  populations et préconise pour  préserver la race française de «retenir les A et O, éliminer les B, ne garder les AB que si l’examen psychologique et sanitaire est favorable»[32] En 1935, Le médecin Alexis Carrel, dans l’Homme, cet inconnu prévient de l’affaiblissement qualitatif de la race blanche face aux races extra-européenne :« la suppression de la sélection naturelle a permis la survie d’êtres dont les tissus et la conscience sont de mauvaise qualité. La race a été affaiblie par la conservation de tels reproducteurs».

 

 

Les affres de la guerre, la déclaration des droits de l’homme, différentes générations des droits de la personne et l’irruption des pays décolonisés dans la vie internationale; diverses luttes locales et internationales; la lutte contre la ségrégation raciale en Amérique; l’affirmation des amérindiens et la lutte contre l’apartheid auront toutes redonné un élan aux peuples opprimés. Mais le racisme est tenace et devient plus insidieux face aux victoires remportées contre lui. Ses fondements scientifiques sont ébranlés toutefois, mêmes si des cycliques parutions, parfois sournoises ou anonymes,  viennent tenter de contredire  le consensus. Race et intelligence[33] prétend par exemple sans sourciller que «les noirs correspondent à des européens leucotomisés* de par leur absence de jugement de sens de synthèse»

L’UNESCO émet en 1978[34]  une déclaration sur la race et les préjugés raciaux où le racisme est décrit comme :

« toute théorie faisant état de la supériorité ou de l’infériorité intrinsèque de groupes raciaux ou ethniques qui donnerait aux uns le droit de dominer ou d’éliminer les autres, inférieurs présumés, ou fondant des jugements de valeur sur une différence raciale»

 

Un certains consensus intellectuel abonde dans ce sens, et des travaux de plus en plus nombreux dans les champs des sciences exactes et humaines vont tempérer considérablement l’arrogance des cercles eugéniques. Parmi eux, ceux de Boas, Montagu[35], Lewontin, Jacquard auront contribué à faire  reculer les conceptions génétiques de la race. La taxonomie et l’idée de race elle-même s’étiolent, d’autant qu’on découvre que les différences génétiques entre deux groupes ethniques sont aussi grandes que celles entre membres d’un même groupe ethnique. Aucune hiérarchie ne s’avère biologiquement, quoique des démarcations biologiques parcellaires  permettent encore de parler de différences entre groupes humains.  Ainsi à l’époque, les classifications s’attardent sur le degré de mélanine- l’écran au rayonnement ultraviolet ( à l’exception notable des Pygmées et Inuits moins exposés pourtant aux UV)- qui demeure concentré ou qui se dilue voire disparaît. Quatre à cinq gènes permettent cette synthèse de la mélanine, différencient les humains en groupes phénotypiques noirs, jaunes et blancs. La tolérance ou l’intolérance du lactose, et la présence ou non de l’enzyme de la lactase qui permet sa digestion, départagent principalement les européens des asiatiques et africains.  Dernière disparité,  celle au niveau des groupes sanguins et du système rhésus dont le contrôle génétique est situé dans 3 espaces de chromosomes constitués chacun de deux familles de gènes. On détermine 8 combinaisons, « l’une d’elles, dites Ro, n’est présente à fréquence élevée qu’en Afrique noire; une autre, dite r, est très rare en Asie et dans le pacifique mais elle a une fréquence élevée et sensiblement constante d’une population à l’autre, en Afrique et en Europe»[36]

 

En l’absence de toute hiérarchie possible dans ces différences, le débat s’était entre-temps transposé sur les aptitudes de l’intelligence entre les humains. Les expériences allaient bon train partout, notamment à Montréal, où on procéda au long des années 50 au Allen Memorial Institute à de sinistres expériences au profit de la CIA américaine sur des patients canadiens! Mais la vraie bombe survint en 1969, lorsque Arthur Jensen rédigea un article[37] et prétendit que dès l’âge de 8 ans, l’enfant a atteint son potentiel d’intelligence. Il peut être mesuré et permettrait de différencier hiérarchiquement les blancs des noirs, et que le milieu ne pourra rien n’y changer à cela. Induit en erreur par les conclusions de Burt, il se trompe puisque « l’héritabilité*, qui analyse les écarts entre individus appartenant à une même population, ne peut en aucune façon être utilisée pour analyser les écarts entre populations»[38]  Eysenck [39] dans la lignée de Cattell abonde dans le sens de Jensen et entame le refrain du QI hérité et de l’infériorité génétique innée de l’intelligence des noirs.  Convaincu que le facteur g de l’intelligence est repérable et mesurable, comme l’affirme Spearman, Eysenck est le principal responsable de l’idée que « l’intelligence a une base physique qui s’est révélée être fortement héréditaire» et, surtout, de l’exagération du fait que le génotype produirait différents phénotypes selon des milieux divers.

Dans cette période des années 70 et 80, malgré l’acharnement de ces auteurs racistes, il se dégage en général le consensus dans la communauté scientifique que sans doute le patrimoine hérité des parents, autant que l’environnement détermine l’intelligence de l’enfant. Que cette dernière fait intervenir tellement de lieux et de réseaux au sein du cerveau, qu’il est vain de localiser un siège spécifique de l’intelligence. Que ce n’est pas tant l’individu, mais plutôt le gène qui se reproduit, en se transmettant d’une génération à l’autre, non pas par  une série de caractères, mais par une série de gènes contrôlant les caractères.

 

 

 

-Le post-eugénisme

 

« Comme toujours, les spécialistes de la race recherchent un vaste public pour leur propagande, et le danger demeure donc que leurs prétentions soient reçues telles quelles, pendant que les groupes fascistes espèrent, de leur côté, que l’idéologie du racisme sera un jour acceptée comme une «donnée scientifique», car à ce moment là seulement leur heure viendra».[40]

 

 La grande différence que je note, entre ce que je nomme le post-eugénisme et l’eugénisme moderne, c’est que c’est un triomphe subtil de l’eugénisme positif où le bonheur collectif passe après le bien être individuel. La somme de choix individuels, orientés vers une finalité similaire à celle de l’eugénisme positif, est atteinte par des adultes consentants. Ils sont frileux de leur liberté et des palettes de choix possibles pour réguler leur être, comme leur progéniture. Cela est probablement un signe de l’évolution de la société capitaliste individualiste,  mais aussi de l’évolution individualisée des biotechnologies, et de la médecine prédictive. Les dérives de ces dernières s’avèrent être aussi éthiques que politiques. Le spectre de l’eugénisme embrasse un champ plus large du social et de la science. De la mère porteuse à la procréation assistée, au dépistage,  à l’embryon sélectionné en passant par le contrôle des informations génétiques sur la santé individuelle et collective; la liberté de choisir permet une brèche au post eugénisme. Mieux, le capitalisme agressif du néo-libéralisme impose des normes de plus en plus sévères de croissance et d’efficacité, afin de susciter des rendements toujours plus performants. Il devient difficile pour les travailleurs de s’ajuster à cette frénésie. Une division raciale du travail- à la faveur des fuite de cerveaux et des travailleurs laborieux vers les pôles de prospérité, parallèlement à une chute de la natalité de ces sociétés plus aisées- entraîne des réflexes sociaux d’un autre âge. Le renouveau raciste qui en découle est plus subtil, moins explicite, diffus et non affirmé ou déclaré. A chaque fois d’ailleurs qu’il s’exprime publiquement, un brouhaha de désapprobation collective atteste de réflexes relativement automatisés de la société civile non raciste. Une désapprobation plus sur la forme que sur  le fond, d’une part.  D’autre part, la société est peu  au fait de ce qui se trame dans les laboratoires de génétiques et autres instituts de recherche. Le déchiffrage du génome humain y a entrouvert une révolution pour l’humanité. On a pu se rendre compte de la complexité des notions et de la nécessité de passer au dessus de nos conceptions un peu vieillottes de la génétique. Comme dit de façon imagée Exama, auteur d’un ouvrage sur la question et invité de notre émission de Radio Amandla,   génétiquement le concept de race n’a aucun fondement scientifique puisque:

 

«- L’être humain a moins de bagage génétique qu’un grain de riz;  Les Européens modernes descendraient d’un groupe d’à peine quelques centaines d’africains; les Suédois descendraient des Nigérians; Les humains sont identiques à 99.9%; Il n’y a pas de différence statistique entre les peuples – il y a plus de différences génétiques entre deux frères québécois (même père et même mère) qu’entre le peuple québécois d’un côté et le peuple haïtien de l’autre; La différence entre blancs, jaunes et noirs n’est pas génétique (ils ont les mêmes gènes pour la couleur); L’expression de la couleur est soumise à l’influence d’un jeu d’enzymes; Une chatte de couleur foncée a donné naissance par clonage à un chaton blanc»[41].

 

Mais bien qu’ayant considérablement relativisé l’enjeu du débat entre inné et acquis au niveau de l’intelligence et démystifier l’idée de race, l’avancée biogénétique offre de nouvelles perspectives à l’eugénisme qui s’essouflait.

Il y eut d’abord un pic noté par la parution de l’ouvrage post eugénique de Charles Murray[42] et Richard Hernstein « The Bell Curve » (la courbe en cloche) 1994. Autant que les recherches  de Burt et Howard, Holzinger sur les QI[43] et le génotype intellectuel, il ne construit pas un modèle la dominance génotypique. 

Le controversé ouvrage, s'articule principalement sur les travaux d’extrême droite de Arthur Jensen, John Hunter, Frank Schmidt, Malcom Ree. Au-delà des préjugés qu’il tente de conforter, il apporte surtout des développements sur la fiabilité du QI. Le QI comme indicateur de corrélation sociale d’abord. Il révèle le fait que la société américaine est depuis cinquante ans structurée sur la base du QI[44] qui dorénavant la hiérarchise. C’est donc davantage un ouvrage politique qui sous-entend la localisation du facteur g comme siège de l’intelligence.

 

L’étude se fonde sur une base de données (The National Longitudinal Study Youth) pour procéder à une analyse régressive. La base est considérée fiable sans preuve, alors qu’elle est principalement constituée de questionnaires d’entrée à l’armée, alliant des questions de formation générales ou de mathématiques rébarbatives pour des jeunes faiblement scolarisés. La courbe en cloche soutient que l’intelligence est innée (le QI aussi[45]) et que qu’il vaudrait mieux ne pas gaspiller tant d’argent à soutenir les politiques socio-économiques de discriminations positives à l’endroit des noirs, et des moins intelligents. Ils sont de plus en plus marginalisés par le fossé technologique  sous la houlette de l’élite cognitive (celle qu’il faut encourager pour maintenir la croissance capitaliste), et argue le fait que la force de travail est de moins en moins requise dans les systèmes productifs.

 

Les noirs seraient donc les moins intelligents et de surcroît affaiblissent le niveau moyen de la population. Avec force statistique, est illustré combien les Noirs auraient un QI moins élevé que la moyenne de la population, ce qui justifierait le pourquoi de leur statut économique et social (il montre aussi que les blancs pauvres sont ceux qui ont un faible QI.). On insiste pour dire qu’il est vain de tenter de relever le QI d’enfants issus génétiquement de parents ayant un faible QI. Le glissement sur la condition pauvre, résultant de leur infériorité intellectuelle et génératrice de criminalité, n’a de cesse de revenir dans les proclamations racistes. A l’instar de la récente déclaration du Sénateur William Bennett «Si vous voulez réduire le crime, vous pourriez faire avorter chaque bébé noir de ce pays et faire chuter ainsi le taux de criminalité»[46]! Dans le contexte du criminel retard dans l’assistance aux victimes pauvres et noirs de l’ouragan Katrina, ces propos ont eu un écho terrible aux USA, et ont dû être désavoués même par les faucons de la droite! 

 

Plusieurs écrits ont tenté de démontrer les fins politiques suprémacistes derrière La courbe en cloche, dont les auteurs sont proches du Mankind Quaterly et du Pionner Fund  Cette dernière finança Rushton, le canadien d’origine sud Africaine, autre raciste académique, notoirement connu pour ses recherches sur «la petitesse du cerveau des noirs et la longueur de leur pénis» . Il est désormais Président du Pionner Fund. Est-ce Murray, Rushton ou Suzuki et Gutkin que le Professeur Larrivée de Montréal a suggéré en lecture à Mailloux, pour qu’il profère ces insanités? Peu importe.

«…le test d’intelligence n’est pas une simple opération de mesure, ni l’intelligence une simple grandeur mesurable, comme l’admet le «bon sens« positiviste, mais qu’ils sont tous deux, bien plus profondément, un rapport social. Rapport qui n’a donc pas plus de chance d’être compris en dernière analyse à partir de la génétique que la valeur de la monnaie ne peut l’être à partir de l’analyse chimique des métaux précieux»[47]

Howard Gardner, professeur en science de l'éducation à Harvard retient que le quotient intellectuel ne peut traduire l’intelligence. Sans endosser sa classification, je considère qu’on peut démultiplier ces catégories. Où classer le chaman, le féticheur, le chasseur  dans celle-ci..etc.. Ainsi pour Gardner «chaque individu possèderait, à des degrés divers, sept formes d'intelligence qu'il convient de mesurer séparément :

 

Les eugénistes reviennent récemment à la charge. Le problème avec les énoncés de La courbe en cloche, ou ouvrages du même acabit, est leur volonté de rendre singulière l’intelligence qui par essence est multiple, autant dans ces sièges cérébraux que ses manifestations. De nouveaux développements apparaissent. Ainsi en juin dernier l’ontarien Rushton et le psychologue Arthur Jensen de l’ Université de Californie lancent une étude dans  Psychology, Public Policy and Law, où ils présentent 10 catégories de preuves axées sur des tests militaires et académiques, la taille des cerveaux et des études sur l’adoption, prouvant que les Est-asiatiques ont génétiquement bénéficié de l’évolution par rapport aux blancs, que ces derniers le sont par rapport aux noirs. 50 à 80% du fossé dans le QI seraient redevables à la génétique (l’étude sous estime l’environnement les facteurs du milieu, l’alimentation, l’éducation familiale et sociale etc..)

 

 

 

Rushton dans une entrevue déclare:

 «You absolutely have to accept that Chinese people are going to be under-represented on the basketball team, and that black people are going to be under-represented in high school graduates».

Il va falloir que Rushton lise l’étude de l’université Mc Gill qui fait des jeunes noirs la catégorie la plus diplômée au Québec. L’étude de statistique Canada vient démontrer l’importance des facteurs environnementaux dans l’accès à l’emploi, le niveau de revenu, malgré le haut niveau de scolarité des «minorité visibles»[49] (en passant, ce terme est en soi une forme latente de racisme). Les chances sociales sont déterminantes dans la croissance intellectuelle des enfants. Demandez le à James Meredith,  qui en 1962, sous le président Kennedy dût franchir l’entrée de l’université protégé par la garde républicaine contre la horde de racistes qui s’y opposaient!

 

 

Cover image, Cell, December 29, 2004; illustrator, Sean Gould Photo

La recherche récente soutient que le cerveau continue de se transformer. Différenciation complexe du cerveau d’abord entre primates et rongeurs. Évolution encore plus marquée dans le groupe de gènes responsables de tout le système nerveux. L’évolution phénotypique du cerveau dans l’origine de l’homo sapiens est notée par une progression moléculaire marquée dit  l'équipe du Dr Bruce Lahn, de l'université de Chicago.  Elle observe deux gènes (« Les 2 gènes seraient : la variante microcéphale apparue lors de l'émergence de la musique, de l'art, des pratiques religieuses et des outils plus sophis